La traduction inclusive, c’est la traduction d’un texte en français inclusif. Merci Sherlock.

Dit comme ça, ça paraît simple : on prend le texte en anglais. On le traduit en français classique. On ajoute des points médians, et basta. Sauf que c’est plus compliqué que ça

Parce qu’il n’est pas toujours simple de concilier écriture inclusive et traduction (humaine et automatique), je vous propose un tour d’horizon du sujet.

Table des matières

  1. Les enjeux de la traduction en français inclusif
  2. Peut-on concilier écriture inclusive et traduction automatique ?
  3. 4 bonnes pratiques pour des traductions inclusives

Temps de lecture : environ 4 minutes

Les enjeux de la traduction en français inclusif

Contrairement à la quiche lorraine, l’écriture inclusive n’est pas une spécialité française. La majorité des langues peuvent exister sous des formes inclusives, mais certaines sont plus genrées que d’autres.

Prenons l’anglais par exemple. Le mot « employees » désigne des salarié·es de tous les genres. Il est donc difficile de savoir si l’auteur ou l’autrice du texte anglais avait en tête un groupe mixte en écrivant « employees ».

Or quand on traduit vers le français, on a tendance à utiliser le masculin par défaut… Parce qu’on applique une règle apprise en CE2 : le masculin l’emporte sur le féminin.

Sauf que ça ne reflète pas forcément l’intention de la personne qui a écrit le texte. Peut-être que l’entreprise a à cœur d’éviter les stéréotypes dans la langue, mais que ça ne se voit pas au premier abord. Ou peut-être que cette personne est très attachée au langage inclusif, mais que ça ne saute pas aux yeux. Ou encore peut-être que le texte cible des personnes de tous les genres (spoiler : c’est rare qu’on s’adresse à un seul genre).

Alors, pourquoi ne pas utiliser une traduction inclusive par défaut ? Par exemple, « employees » pourrait se traduire par « équipes », « personnel », « nous », « [nom de l’entreprise] »… Les possibilités sont multiples !

Finalement, la principale difficulté de la traduction inclusive, c’est de choisir des formes adaptées au public, à l’intention de l’auteurice du texte et au contexte. Il est donc judicieux de poser des questions au client ou à la cliente, pour savoir à qui s’adresse le texte et s’il lui semble pertinent d’utiliser le français inclusif.

Autant de questions qui sont (pour l’instant en tout cas) trop complexes pour l’intelligence artificielle (IA).

Peut-on concilier écriture inclusive et traduction automatique ?

Pour écrire cet article, j’ai fait une petite expérience.

GIF de la série Breaking Bad : le personnage Walter White, en combinaison de chimie, verse un liquide dans des bec Bunsen.
Non, pas ce genre d'expérience.

J’ai demandé à DeepL de traduire en français la phrase suivante :

« Hospital doctors write prescriptions while nurses take care of patients. »

Résultat : « Les médecins hospitaliers rédigent les ordonnances tandis que les infirmières s’occupent des patients. »

Vous voyez où je veux en venir ?

En anglais, « hospital doctor » et « nurse » ne sont pas genrés. Ce sont des termes épicènes, qui désignent des personnes de tous les genres. Et pourtant, la traduction automatique propose du masculin pour « hospital doctor » (médecins hospitaliers) et du féminin pour « nurses » (infirmières).

Un exemple parmi tant d’autres, qui illustre les stéréotypes de genre reproduits dans la traduction automatique. Ces stéréotypes et ces biais ne viennent pas de nulle part : l’IA s’appuie sur des corpus de textes existants, qui contiennent eux-mêmes des stéréotypes.

J’ai continué l’expérience avec ChatGPT. Je lui ai demandé de me traduire cette phrase en français inclusif. Voici ce que l’IA m’a suggéré :

« Le personnel médical hospitalier rédige des ordonnances tandis que le personnel infirmier prend soin des patients. »

C’est un peu mieux, mais il y a encore deux soucis :

  1. Il reste un masculin : le mot « patients ».
  2. La phrase est très longue et pas franchement claire.

On pourrait imaginer plusieurs alternatives, par exemple :

  • « En milieu hospitalier, les médecins rédigent les ordonnances et le personnel infirmier assure les soins. »
  • « À l’hôpital, les médecins rédigent les ordonnances. Les infirmiers et les infirmières assurent les soins. »
  •  « À l’hôpital, les médecins rédigent les ordonnances et le personnel infirmier prend soin des patient·es. »

Tout est possible !

Pour le moment, il me semble difficile de faire confiance à l’IA pour traduire des textes en inclusif

Alors si vous optez pour de la traduction automatique pour réduire les coûts, pensez à relire vos textes en chaussant vos lunettes inclusives. Ce sera certes chronophage, mais cela vous permettra d’éviter de reproduire des biais et des stéréotypes dans vos textes français.

En tant que traductrice professionnelle, je vous conseillerais tout de même de confier votre traduction inclusive à un·e pro, sans passer par la traduction automatique.

4 bonnes pratiques pour des traductions inclusives

1. Demandez-vous si le texte à traduire est inclusif.

Dans certaines langues, comme l’allemand, on voit tout de suite si le texte
d’origine est écrit en inclusif. Dans d’autres langues, ça ne saute pas
forcément aux yeux. Si vous avez un doute, posez la question à votre commanditaire.

Si le texte n’est pas écrit en inclusif, vous pouvez proposer le traduire en français inclusif, tout en respectant son image de marque et son identité textuelle.

2. Optez pour l’inclusif par défaut.

Contrairement à ce qu’on nous apprend à l’école primaire, le masculin n’est pas neutre. Pour défaire vos habitudes bien ancrées, pensez-y lorsque vous traduisez.

Partez du principe que vous ne connaissez pas le genre des personnes dont il est question, et traduisez en conséquence : utilisez un langage non genré ou représentez aussi le genre féminin.

 

3. Variez les formes de langage inclusif

L’écriture inclusive ne se résume pas au point médian. Il est tout à fait possible de s’en passer si le public cible n’y est pas réceptif. Comme toujours en traduction, tout est question de contexte.

Vous pouvez par exemple :

  • Opter pour des termes épicènes, qui ne varient pas selon le genre : locataire, spécialiste, radiologue
  • Utiliser des mots collectifs : la direction, l’équipe, l’accueil
  • Au sein d’un même paragraphe, alterner entre la forme masculine et la forme féminine du mot

Non seulement, votre texte sera inclusif, mais vous aurez aussi enrichi son champ lexical (et ça, Google adore !).

4. Parlez de votre démarche

Pour une traduction inclusive réussie, il est essentiel d’échanger avec votre client ou votre cliente.

D’abord, demandez-lui si le texte d’origine a vocation à être inclusif et si son organisation souhaite afficher ses valeurs de diversité et d’inclusion dans ses textes. Si oui, une traduction en français inclusif sera un véritable atout.

Ensuite, expliquez-lui les spécificités du français inclusif. Expliquez-lui que notre langue est exclusive par défaut, mais qu’il est tout à fait possible de la rendre inclusive. J’ai d’ailleurs un article en anglais sur les spécificités du français inclusif, que vous pouvez partager à votre clientèle internationale.

Vous pouvez aussi proposez de créer un guide de style qui récapitule les outils du français inclusif adaptés à la cible. Ce document pourra aussi servir à ses équipes de rédaction. 

Enfin, rassurez votre client·e : expliquez-lui que la traduction inclusive peut tout à fait refléter son identité de marque et son univers. Vous pouvez aussi lui montrer des exemples de marques de son secteur qui ont adopté le français inclusif. Rien de tel que des exemples concrets !

En bref : expliquez que la traduction inclusive peut être un atout pour afficher clairement ses valeurs et ses engagements. 

 

Pour aller plus loin

Article : Où trouver un bon traducteur ? Conseils d’une traductrice professionnelle

Enquête de l’UNESCO sur les stéréotypes de genre dans les grands modèles de
langages de l’IA (en anglais)

Article : 7 exemples d’écriture inclusive sans point médian

Vidéo : L’intelligence artificielle est-elle sexiste ? Un documentaire d’ARTE (17 minutes).

Si vous avez des documents à traduire depuis l’anglais et l’allemand vers le français inclusif, travaillons ensemble !

Si vous avez des projets de traduction dans d’autres langues, je peux aussi vous conseiller des collègues de confiance.